Carboniser la com’: Chapitre 1 : Ce nouveau boulot
Cette boîte de com’ n’avait rien comme les autres. Alors que certaines sont modernes ou ludiques, celle-ci était malpropre, terne comme la pluie et poisseuse comme l’odeur du tapis taché qui jonchait le sol, sous les dégâts de café et autres résidus douteux. Une ventilation inadéquate nous recrachait par un râlement peu flatteur nos propres déjections corporelles. L’éclairage naturel manquait et les néons frénétiques nous transperçaient l’épiderme, donnant à tous un teint de chair verdâtre peu garante d’une santé exemplaire. Ce boulot m’était tombé du ciel lorsque mon dernier employeur m’a congédiée pour cause d’un « manque de motivation à satisfaire les exigences (buccales) de la compagnie ». Avoir une bouche généreuse n’a pas que des avantages.
Après seulement quelques semaines à ce poste cadre, je t’avais déjà croisé quelque fois, incertaine des salutations ou des présentations qui s’imposaient. Ta silhouette compacte, longue et étroite contrastant avec la force qui s’en dégageait et la sensation imposante qu’elle répandait généreusement sur son passage me faisait baisser le regard à chaque fois. Cela sans compter ton uniforme de concierge, une one-piece ample de garagiste crasseux de ce qui avait été dans ses belles années – probablement il y a 20 ans de cela- un vert sombre qui dégageait un capiteux mélange de sueur, de suie et de pétrole laissant supposer une hygiène douteuse. Le son de tes clés à chacun de tes pas – où plutôt à un pas sur deux, ton trousseau se trouvant sur la hanche gauche- marquait tes arrivées et tes sorties par la froideur agaçante des pièces de métal qui s’entrechoquent. Ta barbe jamais très longue mais pourtant jamais fraîchement rasée ne laissait aucun doute en moi; parmi tous les gens à connaître dans ce nouveau milieu, tu te situais vraiment en bas de la liste. Je longeais dorénavant les murs pour éviter de confronter ta présence, ton regard et ces manifestations de politesse que la bienséance exige.
Pour les quelques fois où nous nous sommes croisés dans les corridors par inadvertance de ma part, ton regard vulgaire qui me déshabillait sans gêne et ce sourire amusé de me savoir choquée me répugnait. Ce boulot prenait tout mon temps, de la tâche à effectuer jusqu’aux alliances mondaines à développer. Pourtant, malgré m’être jetée corps et âme dans ce boulot, une partie de moi était sans cesse déconcentrée, se sentant épiée et perturbée par cette décadence assumée, affichée au grand jour, recrachée par tous tes pores de peau. (à suivre)

Je lis de façon discontinue. Mais je garde toujours une impression d’une grande maitrise de l’écriture et d’un degré de perversion mais avec retenue. Manifestement, cette salope est douée, au point de vouloir jouer avec sa tête et ensuite avec sa chair. J’ai des soupçons sur ces … à vrai dire n’a aucune importance. Continue, très bon travail !