Les courbes contraintes
Il y a quelque chose de terriblement fascinant, mais à la fois si effrayant au shibari.
Physique : Le corps d’une femme, dans toutes ses rondeurs, ses formes et sa chaire exposée, dans toute sa vulnérabilité et son abandon, emprisonnée par cette lourde présence qui, au lieu de la cacher, l’expose et l’honore davantage.
Psychique : Une transe mentale, un ballet du corps répondant aux exigences de l’autre sans broncher, déconnectée, docile et malléable. Une sensibilité palpable qui, à la limite, sort du corps et l’observe, témoin silencieux du déroulement des évènements.
L’expérience : Quelques respirations profondes pour tenter de détendre le corps. Des étirements pour éviter les crampes ou les douleurs reliées aux faux mouvements. Décontracter tout ce qui peut l’être, pour ne pas que les cordes soient trop serrées lorsque l’angoisse disparaîtra et que le corps se détendra. Arrive ensuite la transe de l’enroulement méthodique, calculé et minutieux. Présenter les membres, obéir, garder le silence pour se cacher au fond de soi-même et vivre les émotions lorsqu’elles se manifestent. Éteindre les angoisses de la contrainte, respirer profondément, se calmer et simplement se laisser guider. Sentir les cordes, leur douceur, leur tension, ne faire plus qu’un avec l’épiderme. Sentir les points de pression indiquant où notre poids est distribué. Ça y est, l’esprit flotte et le corps aussi. L’inconfort physique n’est plus capté par l’esprit. Quelques extrémités froides, quelques zones très chaudes et une position peu intuitive tout au plus. Le corps est nu mais pourtant si enveloppé. Le temps s’arrête un instant puis l’œuvre ponctuelle doit mourir.
La fin : Orchestré avec soin, le corps reprend étape par étape sa forme usuelle. La danse de l’enroulement, des nœuds et de la séquestration s’effectue en sens inverse. Les larmes brouillent la vision mais n’enlèvent rien à l’expérience; c’est l’esprit qui reconnecte avec le corps. Le maquillage défait, c’est sur ce corps ondulé par les cordes que le regard se porte. Une texture de peau propre au shibari bien effectué, ni trop relâché ni trop serré. Une dentelle épidermique rosée qui fait durer le rêve encore un peu.
Le fruit d’une visualisation, rien de plus, car je n’ai pas eu la chance de vivre cette expérience encore.

Je viens de lire tous vos messages et sachez que je suis accro! Vous écrivez incroyablement bien et votre vision de la soumission est très intéressante. Je vous ajoute immédiatement à mes blogs préférés. Je vous invite à lire mon blog, si l’envie vous prend…
Merci belissima. Je ne manquerai pas de visiter votre blogue.
Intéressant. Mais si au lieu de parer de vulnérabilité, abandon et prison… On parlais de rituel, de don de sois et de communion ? Avant tout le shibari devrait être un rituel sacré, ou deux personnes partagent un moment d’une intensité extrême. Il n’y point de douleur ou torture dans cet acte… La perversion elle vient d’ailleurs…
RushX: Sans parler de prison, je ne pense pas qu’il y ait “don de soi” sans vulnérabilité ou abandon. Offrir à l’autre quelque chose qui a autant de valeur passe certainement par un inconfort, compensé, bien évidement, par les plaisirs engendrés par l’expérience. Finalement, je ne voulais pas parler de douleur en terme de souffrance mais bien d’inconfort, sans plus. Mais l’expérience n’a pas comme objectif le confort, mais limite tout de même l’inconfort dans le processus. J’aime bien votre vision du “rituel sacré où deux personnes partagent un moment d’une intensité extrème”; je n’ai pas besoin de souligner ici que tous ne partagent pas une vision aussi noble de la chose!
Lorsque j’attache, je cesse d’exister. Toutes mes ambitions, mon ego, mes désirs disparaissent et le centre de mon monde, seul objet de mon attention : Un corps.
Un corps qui dicte tout. Un corps sans qui plus rien n’est possible. Je me dois de me soumettre totalement au moment. Y investir toute mon attention. L’honorer de mon mieux, et voir a son bien.
C’est une depense d’energie extreme.
Finalement qui ce soumet ? Qui s’abandonne ?
Tout ceci n’est que partage, tout simplement. Tout comem dans l’acte de l’amour, il faut être deux a s’abandonner et tout donner.